conte de Noël

froid

 

Evidemment les contes se disent toute l’année… Le jour et la nuit. Un jour, tu t’ennuies, ou tu tournes en rond ou l’idée te vient et tu te dis. «Tiens, si je racontais une histoire, si j’imaginais une histoire, du début à la fin. Une histoire que j’aime entièrement.» C’est le début d’un rêve à raconter. C’est le début d’un conte.

J’ai écrit un conte il y a quelques mois, c’était avant d’entrer dans une nouvelle aventure humaine et artistique qui me tenait à coeur. Une histoire de fables avec des animaux et tout, et avec des hommes et des femmes aussi, un truc assez incroyable. Il faut le voir pour le croire. Bref, c’était la fin de l’été, j’étais dans le jardin du musée de la vie romantique, rue Chaptal à Paris. Va savoir pourquoi, c’était la première fois que je prenais le temps de m’y poser. Ces endroits là, à Paris, ce sont les pépites de fraicheur dans la fournaise du désert… Et puis l’inspiration est là, c’est evident, elle doit sortir d’une lettre écrite par Georges Sand posé sur un secrétaire du musée voisin, ou de la sérénité qu’apporte la verdure du jardin, ou du rayon de soleil qui glisse sur le pavé, ou des fables d’Esope qui se proménent dans la bibliothèque toute proche. Ou de tout ça à la fois. Va savoir..!

A ce moment là, on prend son crayon pour écrire une fable avec des animaux et on se retrouve avec un conte qui parle d’une petite fille qui a froid… Sacré histoire…!

Je vous l’offre aujourd’hui en lecture pour célébrer la fin de l’année. Et le début de la suivante…

Histoire de faire peau neuve, histoire de la transmettre aux enfants qui ont peur…

Histoire de ne jamais oublier que quand la peur n’est pas là, le frisson de la vie est éternellement beau.

Belles fêtes à tous

Continuez de raconter de belles histoires…

Sandrine

 

 La petite fille venue du froid


«Il était une fois une petite fille qui grelotait en permanence comme un oisillon. Sa mère la mettait toujours près d’elle pour qu’elle n’ait pas froid. Ainsi, elle s’arrêtait de greloter quelques temps.

A mesure qu’elle grandissait, aucune médecine n’avait réussit à la soigner. Il faut dire que ses parents n’avaient pas beaucoup d’argent et vivaient dans un endroit reculé où il était difficile de faire venir les médecins surtout l’hiver avec la neige et le froid.

Mais comme ses parents avaient un grand cœur, ils travaillaient toute l’année pour économiser un peu d’argent et emmener la famille visiter le soleil dans des pays plus chauds. Ils ne pouvaient pas aller jusque la mer car elle était trop loin pour eux mais dans le parfum des lilas et le chant des cigales la petite ne grelotait plus et retrouvait ses couleurs.

Elle grandit comme ça pendant encore quelques temps et puis un jour, ses parents lui expliquèrent qu’elle devait partir pour faire sa vie ailleurs car elle était maintenant bien grande et en âge de tracer son propre chemin. Elle ne comprenait pas pourquoi il fallait que ce soit ailleurs que là où étaient ses parents et elle eu beaucoup de chagrin. Les jours qui suivirent, elle grelota plus que jamais.

Mais elle fit le choix de suivre la voix de ses parents qui était chaleureuse même si les mots étaient durs à entendre. Et son chagrin cessa.

Elle partit le cœur plus léger et visita pendant des années des contrées nouvelles. Elle explora des terres inconnues, croisa des personnages fabuleux et fit des rencontres d’exception. De nombreux obstacles se dressèrent sur son chemin mais elle comprit pourquoi ses parents lui avaient dit en partant « trace ton propre chemin ». C’est en route qu’elle trouvait la force de les surmonter.

Aussi, elle comprenait mal pourquoi ses parents ne l’avaient pas quitté, eux, ce pays froid ; non pas pour l’emmener elle, plus jeune, mais pour s’emmener eux-mêmes écouter les cigales et sentir le parfum des fleurs. Sur le chemin, elle avait appris la force de la volonté.

Elle continua néanmoins à tracer son chemin dans le pays des cigales en visitant ses parents régulièrement. Le reste du temps, elle les aimait à distance par la force de ses pensées.

Un jour comme les autres pourtant, ses parents lui dirent : « on a déménagé, tu vas voir, c’est magnifique ». Très enthousiaste, elle visita la nouvelle maison mais ne lui trouva rien de si particulièrement magnifique. Non vraiment. Elle regarda même dans les placards, sous les lits, dans le frigo. Non, vraiment rien de particuliers. C’était joli oui, mais pas « magnifique ».

Devant sa déception, son père lui dit « vient voir par ici » en l’amenant vers l’extérieur de la bâtisse. Elle le rejoignit et, pointant le doigt derrière la maison, lui dit avec des mots simples : « regarde, on voit la mer ». Et la petite fille vit clairement en levant le regard : des bourdons qui butinaient les arbustes en fleurs et juste derrière, à l’horizon, la mer.

Et alors la petite fille compris. Et elle su pourquoi elle tremblait moins depuis quelques temps de froid. A ce moment là, un frisson lui parcouru le corps et elle se senti parfaitement bien. C’était une de ces caresses qui te prennent le corps en entier et qui s’échappe juste après jusqu’à la prochaine émotion intense. Sur le chemin, elle en avait rencontré beaucoup de celles-là et elle avait appris à les apprécier dans l’instant et à les regarder s’envoler en silence.

Alors elle ne dit rien. Elle regarda son père en souriant puis tourna son regard vers l’horizon et vers la mer.

Elle su dès lors qu’elle n’aurait plus besoin en rentrant de forcer ses pensées pour aimer ses parents à distance parce qu’ils avaient toujours été dans son cœur. Et c’était bien là l’essentiel.

Sa mère à l’intérieur de la maison cria : « on mange ». Et avec son père, la fille devenue grande fit la course pour aller s’asseoir autour de la table du repas, comme quand elle était une toute petite fille.»

 

Faîtes de beaux rêves…

@ illustration : Géraldine Hary