en orbite…

orbite

En pleine lecture de l’Odyssée, voilà que je suis allée cette semaine voir le dernier film des frères Coen «Inside Llewyn Davis» et «Gravity» d’Alfonso Cuaron.

Le chat Ulysse des frères Coen ne m’a donc pas laissé insensible et cette Odyssée, aussi mélancolique soit elle, nous rappelle l’importance de ne pas passer à côté des rencontres, moteur premier de notre raison d’être.

Je partagerai l’oscar du chat Ulysse avec la planète Terre de «Gravity». Une présence obsedante tout au long du film, un travail sur le son tout en finesse et un retour à la terre ferme de notre héroïne digne de l’épopée d’Homère : dans les moments de doute, n’oublies pas d’avancer ; les obstacles font partie du chemin..! Ce qui demande une certaine RESISTANCE..! Un voyage fort en émotions humaines et en sensations divines avec un clin d’oeil particuliers aux rêves qui nous ramènent à la vie…

Cela me donne envie de partager avec vous un texte d’Alessandro Baricco (toujours lui..) dans le dernier chapitre de «Homère, Iliade» qui évoque la Guerre de Troie et la fascination des hommes pour la guerre…

« … L’Iliade a quelque chose à nous apprendre. Et cela à travers ses traits guerriers et masculins. Elle fait quelque chose d’important et d’une certaine manière insupportable : elle chante la beauté de la guerre… La fascination pour les corps et les armes est constante comme l’admiration devant la beauté esthétique des armées. Dans cet hommage, l’Iliade nous oblige à nous rappeler une chose gênante mais inexorablement vraie : pendant des millénaires, la guerre a été la circonstance où l’intensité de la vie s’exprimait dans toute sa puissance et sa vérité. En contraste avec les émotions anémiées de la vie et le statut moral médiocre du quotidien, la guerre remettait le monde en mouvement et les individus au-delà des frontières habituelles. Ce que suggère l’Illiade c’est qu’aucun pacifisme aujourd’hui ne doit nier cette beauté. Dire que la guerre est un enfer et s’arrêter là est un mensonge dangereux. Depuis toujours, des hommes s’y jettent comme des phalènes attirés vers la lumière. Aucune peur, aucune horreur de soi n’a pu les tenir éloignés des flammes : parce qu’ils ont toujours voulu racheter la pénombre de la vie. Aussi la tâche d’un vrai pacifisme aujourd’hui devrait être non tant de diaboliser la guerre à l’extrême que de comprendre que c’est uniquement quand nous serons capables d’une autre beauté que nous pourrons nous passer de celle que la guerre nous offre… »

« nous confronter à nous-mêmes dans l’intensité d’un lieu et d’un moment qui ne soit pas une tranchée ; connaître l’émotion même la plus vertigineuse, sans devoir recourir au dopage de la guerre ou à la méthadone des petites violence quotidiennes. Une autre beauté.»

Dans ce même chapitre, Baricco nous parle du côté «féminin» de l’Iliade, celui du désir de paix chanté par les femmes.

«N’est-ce pas admirable qu’une civilisation machiste et guerrière comme celle des Grecs ait choisi de transmettre, à jamais, la voix des femmes et leur désir de paix?»

Je vous laisse lire le reste… Tant d’autres belles découvertes à faire.

Source : « Homère, Iliade » d’Alessandro Baricco