Embarquement

bienvenue

Un message de Bienvenue à Bord pour un embarquement me semble bien venu.

Comme vous le découvrirez au fil des notes en tous genres que vous lirez ici, les mots de la mer m’inspirent. Peut-être les miettes d’une autre vie à vendre des passeports pour les flots? Peut-être un instinct primitif qui me pousse résolument à croire qu’il se passe de ce côté là des choses extraordinaires qui nous échappent, à nous les hommes ordinaires? Peut-être parce que c’est la seule qui sache me faire taire de mots? Peut-être parce que sous l’eau, avec des bouteilles sur le dos pour respirer (vous êtes sûr, ca marche ???), il ne reste que les yeux pour prendre la lumière et les oreilles pour boire le son. Ca fait beaucoup de peut-être. Mais la mer, l’Océan Mer, avec ses fonds marins, ses vagues et les gouttes qui composent l’ensemble, c’est quand même une sacré hypothèse !

J’embarque donc sur cette grande barque un auteur inspiré qui m’inspire. Alessandro Baricco. Et je vous laisse avec un texte extrait de «Novecento : Pianiste», récital aquatique disponible dans toutes les bonnes librairies portuaires… Vous entendrez souvent parler de l’auteur dans ces feuillets. Et si vous avez le mal de mer, pas d’inquiétude, on fera escale régulièrement pour embarquer de nouveaux passagers et faire connaissance.

Quelques mots sur le capitaine du navire pour être sûr de ne pas vous embarquer sur un paquebot suicidaire. C’est un être multiple, il a tout un tas de casquettes dans sa valise. Né dans les racines de la terre, il a fait ses classes sur l’océan et aujourd’hui il n’a plus peur de prendre le large : c’est sa terre d’ancrage… L’écran de l’imaginaire qu’il a embarqué lui passe de nombreux films pour lui rappeler l’histoire des Icebergs,… au cas où la mémoire lui ferait défaut.

Profitez bien de l’air marin amis matelots et n’hésitez pas à interagir, l’échange avec les passagers enrichit le regard et le voyage sur l’océan…

Bonne lecture et Benvenuto a bordo…

 

« Ca arrivait toujours, à un moment ou à un autre, il y en avait un qui levait la tête… et qui la voyait. C’est difficile à expliquer. Je veux dire… on y était plus d’un millier, sur ce bateau, entre les rupins en voyage, et les émigrants, et d’autres gens bizarres, et nous… Et pourtant, il y en avait toujours un, un seul sur tous ceux-là, un seul qui, le premier… la voyait. Un qui était peut-être là en train de manger, ou de se promener, simplement sur le pont… ou de remonter son pantalon… il levait la tête un instant, il jetait un coup d’oeil sur l’océan… et il la voyait. Alors il s’immobilisait là, sur place, et son coeur battait à en exploser, et chaque fois, chaque maudite fois, je le jure, il se tournait vers nous, vers le bateau, vers tous les autres, et il criait (adagio et lentissimo) : l’Amérique. Et puis il restait là, sans bouger, comme s’il devait rentrer dans la photo, avec la tête du type qui l’a fabriqué tout seul, l’Amérique. Le soir après le boulot, et des fois aussi le dimanche, son beau-frère l’a peut-être un peu aidé, celui qui est maçon, un type bien… au départ il voulait faire juste un truc en contre-plaqué, et puis… il s’est laissé entraîner et il a fait l’Amérique. 

Celui qui est le premier à voir l’Amérique. Sur chaque bateau il y en a un. Et il ne faut pas croire que c’est le hasard, non… ni même une question de bonne vue, c’est le destin, ça. Ces types-là, depuis toujours, dans leur vie, ils avaient cet instant-là d’écrit. Même tout petits, si tu les regardais dans les yeux, en regardant bien, tu la voyais déjà, l’Amérique, elle était là, prête à bondir, à remonter le long des nerfs ou du sang ou je ne sais quoi, et puis de là au cerveau, puis sur la langue, et puis dans ce cri (il crie), L’AMERIQUE, elle était déjà là, dans ces yeux, ces yeux d’enfant, déjà là tout entière, l’Amérique. Là, qui attendait.

Celui qui m’a appris ça, c’est Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento, le plus grand pianiste qui ait jamais joué sur l’Océan. Dans les yeux des gens, on voit ce qu’ils verront, pas ce qu’ils ont vu. Il disait ça : ce qu’ils verront.»                      

Source : « Novecento : Pianiste » d’Alessandro Baricco

 

La série de gravure de Marie Béatrice Damas